Mardi 5 février 2008

Je l'abandonne en train de courir sur la route. 
 Et voilà que ça se met à me tracasser.
Qui sait ce qui se passerait si je ne l'abandonnais pas ?
Après tout, elle n'a rien demandé, c'est moi qui l'ai créée de toutes pièces, et à y réfléchir, je ne l'ai pas mise en situation confortable.
Je me secoue.
Advienne d'elle que pourra.
Je la retrouverai un jour et je verrai alors ce que je ferai d'elle. Pour l'instant j'ai plusieurs autres chats à fouetter.
Il va falloir que je tienne le coup. Je ne m'y attendais pas du tout.
Devoir me préparer à tenir le coup me rend perplexe. Un coup, c'est bien la dernière chose que je sais tenir. Je ne sais pas prévoir d'où il va tomber, avec quelle force et sous quelle forme. La forme est importante quand vous voulez tenir quelque chose. Il n'est pas indifférent que ce que vous vous proposez de tenir soit rond ou carré,  vous ne vous y prenez pas de la même façon, votre corps anticipe à partir de la forme de ce que vous allez tenir, afin de le tenir correctement.
Un coup, c'est un ça, comment tenir un ça ? ça tombe, ça fait mal, ça réveille ou ça assomme, c'est un ça.
Le médecin me regardait comme un soldat qui encourage un soldat de la même armée dans un combat commun. Nous n'étions pourtant pas du même côté lui et moi, ni du bureau, qui était le sien, ni de la maladie, qui était dans mon corps, pas dans le sien.
J'allais devoir tenir le coup.

Par lucie Lainac
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Vendredi 1 février 2008

Je suppose que je ne sais pas utiliser mon blog.

J'attendais des commentaires pour "rebondir" sur eux et continuer mon histoire, comme je l'explique dans la description de mon blog. J'attendais des petites phrases auxquelles je retournerais des phrases.

J'ignore si je me suis mal fait comprendre ou si je fais preuve d'impatience ?

Par lucie Lainac - Communauté : les auto-édités
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Mercredi 30 janvier 2008
La colère aide toujours, d'accord, mais elle ne vient pas si facilement.
Surtout quand on a commencé à trop se souvenir. Et qu'on s'y retrouve pieds et poings liés. Qu'on s'y complait. Oui, c'est bien ce qu'elle fait, elle s'y complait.
Le coin d'un radiateur. Le bas d'une robe. Un parfum de lilas. Un dessin d'enfant, le dessin d'un camion rouge, tiens, voulà un camion! Il ne t'emportera pas loin celui-là, il t'emporte où il ne faut pas.
Un chat sur un fauteuil, une corde à sauter, une affiche du Che, un bisou sur la joue, un bisou qui colle, un jingle idiot, un millionnaire gratté, perdu! Une poussette, une sucette. Arrête !
Elle enlève son écharpe et la fait claquer, se l'enroule serrée autour de la tête, tant pis pour l'allure que ça me donnera.
et elle se met à courir.
Par lucie Lainac
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Mardi 29 janvier 2008

Pas question d'avoir peur ? Plus facile à dire qu'à faire. 
Ce n'est pas de ne pas avoir peur qui compte, c'est de ne pas se laisser avoir par sa peur. Tu le sais,  tu l'as su. Comment tu t'y prenais ? Qu'est-ce que tu fabriquais pour ne pas te laisser avoir ? Cherche ça, et fabrique la même chose, ou une autre qui y ressemble. 
Souviens toi. Cherche et creuse.
Le froid la gêne pour bien se souvenir. Elle y parvient mieux quand elle peut se rouler en boule. Elle n'y parvient que trop, quand elle peut se rouler en boule. Se souvenir, des fois, ça n'aide pas. Il faut faire attention avec les souvenirs. Ce ne sont pas toujours ceux dont on a besoin qui se présentent. Qui s'imposent. Qui prolifèrent comme des toiles d'araignées. Il faut veiller à ne pas ouvrir n'importe lequel des cagibis de la mémoire. 
Rien à faire, le froid la coince, elle n'entre pas où il faudrait, elle se retrouve vite sur le palier des larmes, elle s'y retrouve presque à chaque fois, merde! Ce n'est pas le moment !
D'accord. N'essaie plus de te souvenir. Appelle la colère à la rescousse. La colère aide toujours.

Par lucie Lainac
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Lundi 28 janvier 2008
Pas question de se faire du souci pour ces foutus morceaux.
Pas question de s'effrayer d'une forme de fatigue aussi étrange.
Pas question de rêver au printemps pour ne pas ressentir le froid.
Tu es là. Tu bats des mains et tu tapes des pieds. C'est réel.
Battre des mains, taper du pied. Avoir six ans ?  Maman, reviens ! Papa, fais pas ça ! Qu'est-ce que j'ai fabriqué pendant les années qui me séparent d'avoir six ans? Inventer dix mille façons de crier Maman, reviens ! Quarante mille de Papa, fais pas ça ? 
Laisse tomber, à quoi ça sert ? à quoi ça peut servir pour faire arriver le camion qui s'arrêtera?  
J'ai peur.
Pas question d'avoir peur.
Par lucie Lainac
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Mardi 22 janvier 2008
Avant le coup de tête qui l'avait propulsée vers la porte ouverte à la volée, l'escalier dévalé en trombe, le parking avalé à la course, pour l'amener deux heures après sur la route glacée où elle tapait des pieds,  elle avait eu à se coltiner une forme inconnue de fatigue.
Elle savait déjà que la fatigue est multiforme. 
Tout le monde le sait. Tout le monde en a l'expérience.
Il y a la fatigue molle qui ralentit vos mouvements, la fatigue dure qui vous cloue à vous-même, la cotonneuse qui pose un brouillard sur les choses, l'insidieuse qui mine en douceur.
Il y a la fatigue évidente, celle qui succède à l'effort, celle qui suit l'amour, celle qui précède une semaine de travail et vous prend le lundi matin, celle qui annonce l'ennui et précède un dimanche ou un jour férié. 
Il y a la fatigue dépourvue d' évidence, qui signale un virus mijotant de vous prendre pour terrain d'action et une crève pour demain. Il y a simplement la fatigue d'en être là.
Elle connaissait bien ces fatigues et leurs différentes facettes.
Celle d'avant son coup de tête était complètement nouvelle.
Elle avait eu la forme d'une chaudière en fonte qui serait posée au sommet du crâne. Le poids de la chaudière enfonçait dans la terre et son corps et son âme. 
Oui, il lui arrive de penser qu'elle a une âme.
Elle s'était préparée à s'enfoncer au centre de la terre, les yeux ouverts pour ne pas se laisser avoir.
Ce n'est pas ce qui l'attendait.
Ce n'est pas ce qui s'est passé. 
La chaudière a soudain explosé et la force de l'explosion l'a arrachée à l'attraction du centre de la terre pour la projeter dans l'espace en la brisant en mille et un morceaux. 
La fatigue qui avait suivi était celle de ces mille morceaux.
Elle ignorait où ils avaient pu retomber, s'ils étaient retombés.
Elle tapait des mains et des pieds sur la route glacée en l'ignorant toujours.
Par lucie Lainac
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Lundi 21 janvier 2008

Dès qu'elle a vu le camion arriver, elle a levé le pouce.

Il est passé dans un bruit de tonnerre. Bon, tant pis. Ce sera l'autre. Il n'y a aucune raison de désespérer.
Un camion n'a rien d'une merveille, la route produit des camions à la pelle. Il y en aura un pour s'arrêter. Même si s'arrêter pour un camion sur une route enneigée et glacée n'est pas simple comme bonjour. Bonjour, c'est ce qu'elle dira en premier quand elle sera montée. Merci, c'est ce qu'elle dira juste après.

Elle frappe dans ses mains, saute d'un pied sur l'autre. J'aurais dû mieux prévoir mon coup, j'aurais dû mettre des gants, des bottes et un bonnet. Je décide toujours trop vite. ça ne s'appelle même plus décider, ça, ça s'appelle s'emballer, ça s'appelle foncer sur un coup de tête. Et voilà, des basketts, un jean, un blouson. Et il neige. Heureusement que j'ai pris une écharpe pour la bonne raison que je prends toujours une écharpe, ça me permet de me cacher jusqu'au nez quand j'ai envie de me cacher jusqu'au nez. Mais enrouler mon écharpe autaour de la tête pour avoir moins froid aux oreilles, ça me donnera l'air de quoi?


à suivre

Par lucie Lainac
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